Article paru dans le magazine La Nación le 23 mai 1999
Mia Maestro
Celle qui a dit non à Adrian Suar
A 21 ans, elle a un profil d'artiste atypique. Elle a refusé un rôle dans « In the name of God », parce qu'elle n'était pas très enthousiaste de tourner pour la télévision. Elle avait déjà fait la même chose à Subiela, car elle voulait que son premier film soit réalisé par Carlos Saura. Ce film fut nominé aux Oscars. Elle avait une mission : être une bonne actrice.
Son beau visage constellée de taches de rousseurs est encadré de longs cheveux noirs.
Elle porte une jupe orange qui contraste sur son canapé bleu. Elle a un charmant accent argentin. Son sourire dévoile de magnifiques dents.
« Tout le monde pense que Mia est un nom que j'ai inventé, mais en réalité il y a trois générations de Mia, ma grand-mère, ma mère et moi. Le nom de ma s½ur est Maria Pia, alors quand quelqu'un appelle l'une d'entre nous, tout le monde vient ».
Dans les noms à trois lettres, ce sont les voyelles qui dominent.
La première Mia, la grand-mère, est décédée lorsque la deuxième, la mère était encore une petite fille. Grand-mère Mia était une femme franco-suisse et la légende de la famille dit qu'elle est arrivée en Argentine en laissant une fortune derrière elle en Europe. Sa petite-fille Mia est une actrice. Sans aucun rôle derrière elle, elle a réussi à jouer dans le film nominé aux Oscars : Tango de Carlos Saura.
Elle est interviewé pendant un court voyage à Buenos Aires. Dans quelques heures, elle retournera à Los Angeles où elle a passé la première moitié de l'année 1999 à étudier. Elle avait des propositions dans des théâtres de Buenos Aires, mais elle a préférée se rendre à la présentation du film Tango sinon ce serait comme si elle ne l'avait jamais fait.
« Cela a était difficile de dire non à des propositions de travail pour aller à cette présentation car ce n'est pas un job. D'ailleurs je n'ai qu'une courte carrière, et lorsque je me rend ailleurs je prends le risque que l'on m'oublie ».
Elle a travaillé dans Tango et dans la pièce de théâtre « Lulu », dirigée par Alberto Félix Alberto. Et rien de plus. Mais elle a été remarqué pour son rôle dans Lulu.
« Peut-être que cela semblera prétentieux, mais je pense que j'ai fait un long chemin pour arriver où j'en suis. Je ne sais pas si je mérite cette place. Si, si je le mérite car je m'y suis préparé professionnellement. Surtout quand on voit comment les gens se
fabrique une carrière du jour au lendemain ».
Sa carrière a de qui tenir : son grand-père Eulogio, le père de sa mère, qui est mort à 100 ans, était le superintendant de la construction de bâtiments de la banque Nacion dans le nord de l'Argentine et avait une vocation inexplicable pour le théâtre.
« Avec les économies de ses constructions il a fondé des théâtres dans un bon nombre d'endroits. Ils ont beaucoup voyagé en Bolivie, à La Quiaca, où il s'occupait des théâtres, dessinait les costumes, et ma mère, ma tante et ma grand-mère Carmen jouaient sur scène. Maintenant j'ai deux grand-mère maternelle : Mia et Carmen, la seconde femme de mon grand-père, car Mia mourut alors que ma mère était encore très petite ».
Sa mère, la seconde Mia, est un docteur en sciences économiques, un professeur en mathématiques et une étudiante en psychologie et mythologie, elle était la star de l'Altiplano, où elle interprétait le rôle d'un papillon et d'une fille morte.
« Ma mère avait une relation d'amour-haine envers le théâtre, car elle joua dés l'âge de trois ans jusqu'à ses sept ans, mais son grand-père était capable d'hypothéquer leur maison afin d'obtenir de l'argent pour le théâtre dans une ville du Nord, avec la fille morte dans le rôle principale et le contremaître comme prompteur. Ma mère...ma mère était la Shirley Temple de La Quiaca ».
Mia Maestro s'entend bien avec sa mère. Mais aussi avec son père et sa s½ur. Et elle adore son neveu. Et elle a 23 ans, et elle n'a jamais vécu seule, excepté les mois où elle a étudié à Berlin, où elle a étudié le chant. Actuellement elle vit à Los Angeles. Et pendant son voyage, en février dernier au Tibet avec deux amis.
« L'année dernière, quand on a finit Lulu, un collègue a dit « je veux aller en Chine ». Alors j'ai été en Chine et au Tibet avec deux amis. Il faisait 15° C, mais c'est plus agréable en hiver. Durant l'été il y a trop de touristes ou de pro-tibétains. Je ressens quelque chose d'ambiguë à propos du Tibet. Je n'aime pas cet effet de mode du Dalai Lama, ces Américains qui soutiennent d'une manière hypocrite le Pro-Tibet sans avoir à affronter la Chine. Mais d'un autre côté c'est triste de voir que le modèle de vie ne fonctionne pas, les gens ont des conditions de vie désastreuses. Ma position politique est plus de gauche, mais cela ne marche pas non plus ».
Le père de Mia est courtier en bourse. La maison où elle vit est très grande dans une zone où il y a les ambassades dans un quartier tranquille de Belgrano.
« Ils ont acheté cette maison en ruine à une vente aux enchères à un prix impossible. Comme ma mère n'avait pas assez d'argent pour payer l'architecte, elle a finit la restauration elle-même. Mes parents sont conservateurs mais ont aussi leurs faiblesses ». Souvenez-vous : sa mère était le papillon du Nord. La fille du papillon a été dans un lycée privé. Un lycée catholique.
« L'école Esquiú. J'étais croyante pendant que j'étudiais là-bas. Plus maintenant, mais je ne peut pas lutter contre l'esprit religieux qui est ancrée en moi ».
Sa vie semble normale. Mais son regard de braise semble agité d'incertitudes.
« J'ai une vie paisible. Mes parents ne sont pas divorcés, ils s'entendent bien , ils s'aiment beaucoup et ils vont passer le reste de leur vie ensemble. J'ai eu tous mes grand-parents jusqu'à ils n'y a pas si longtemps et maintenant j'ai ma grand-mère Carmen qui a 84 ans dont j'apprécie la compagnie tous les jours. Et j'adore mes neveux. Je les adore ».
Sa s½ur Maria Pia a un diplôme de systèmes informatiques. Elle travaillait à Chicago où elle organisait des systèmes informatiques pour les banques. Elle a voyagé autour du monde. Elle s'est mariée, a des enfants et elle a quitté son travail pour s'occuper de sa famille et de son foyer. Elle a maintenant sa propre entreprise spécialisé dans le stylisme. Alors l'autre fille de la maison avec un prénom à trois lettres est presque son opposé.
« Je ne ferais jamais la même chose mais je la respecte énormément. C'est une super maman. J'ai toujours pensé que je n'aurais pas d'enfants, mais maintenant je sens que j'en aurais. Néanmoins, je ne pense pas avoir une famille bourgeoise conventionnelle, plutôt un enfant sans père ou en voyageant beaucoup. J'aimerais avoir une fille après 35 ans, avec ma vie déjà construite afin de pouvoir prendre une année sabbatique pour pouvoir l'élever en ayant les moyens financiers.
Et de cette manière je n'aurais pas besoin d'abandonner quoi que ce soit pour elle. Car si ça devait arriver, je ne serais pas heureuse et c'est terrible quand les enfants doivent supporter les frustrations de leurs parents ».
Il n'y a pas si longtemps, Mia Maestro a été sauvagement insulté par un voisin à Belgrano car elle avait garé sa voiture quelques secondes dans un endroit inapproprié.
« Je vis ici depuis sept ans, et je ne l'avais jamais rencontré. L'autre jour, à cause de cet incident il est sorti et a commencé à m'insulter par sa fenêtre, vous ne pouvez imaginez de quelle manière ! Je suis arrivée récemment de Los Angeles, les gens là-bas sont très faux mais très corrects. J'ai loué un appartement et tous mes voisins sont passés me voir et m'ont dit que si j'avais besoin de meubles ils pouvaient m'en donné car ils en avaient en trop. J'ai dit à mon voisin de Buenos Aires : « mais monsieur, je suis votre voisine », et il m'a répondu : « je m'en fiche ! ».
Malgré qu'elle gagne son propre argent, ses parents insistent pour payer tous ses frais d'études : ballet, cours de langues et chant. A 17 ans, elle a pris des cours d'art dramatiques avec Gandolfo, l'année dernière elle a étudié avec Bartis et à présent elle a un professeur à LA. Elle est très active, elle a aussi pris des cours de chant avec la mère de Salma Hayek. Car avant les cours de théâtre, de langues, de danse et de cinéma, sa passion était le chant.
« Ce que je voulais faire depuis que j'étais petite était de chanter sur une scène ».
Elle étudiait la musique et s'apprêtait à passer ses examens de fin d'année quand elle a été engagé pour Tango, ce qu'il l'a empêchée de les passer. Cela a quand même été un grand déchirement pour elle.
« J'ai du me rendre à San Sebastián, Cannes et Paris pour promouvoir le film et cela m'a empêchée de me préparer pour mes examens ».
Elle a également terminé ses cours au lycée et ses deux ans à l'université de Buenos Aires en cours de littérature. Et elle pris quelques cours de ballet. Elle parle parfaitement l'anglais, elle comprend l'allemand et le français...enfin pas si bien que ça. Elle sait exactement ce qu'elle veut, pour preuve, elle refusa un rôle dans une mini-série de Adrián Suar « In the name of God ».
« Je n'ai pas envie de travailler pour la télévision à moins que ce soit une méga production. Ce qui importe c'est la qualité, et ma priorité est le projet. Si c'est un énorme projet, c'est formidable mais ma priorité n'est pas d'être célèbre ».
Et quel est votre mission ?
« Être une bonne actrice. Je serais capable de mettre de côté certaines choses afin de réussir ma carrière. Peut-être est-ce une attitude froide, je ne sais pas ».
Elle a entendu parler du tournage de Tango par son ex-petit ami et que Carlos Saura venait en Argentine pour faire un casting.
« J'ai toujours aimé Saura. J'ai pris des leçons de tango et je danse assez bien. Je savais qu'il n'y avait pas d'autres actrices qui pouvaient danser comme moi. J'ai une qualité unique : j'ai l'air d'une ballerine classique quand je danse le tango. J'ai été en toute confiance, sachant qu'il n'y aurait pas une seule actrice qui pourrait danser comme ça. Néanmoins, quelqu'un sachant bien danser le tango et jouer la comédie pouvait se présenter. Je me suis rendue au casting de Saura, et j'avais été récemment au casting de Subiela et il me voulait pour « Little Miracles ». Le film a été finalement fait par Julieta Ortega. Le film de Subiela était une chose sûre mais celui de Saura ne l'était pas. Mais je voulais vraiment travailler avec Saura donc j'ai dis non à Subiela. Mon agent ne m'a pas comprise ».
En Argentine, le film n'a pas fonctionné.
« C'est vrai. Mais je pense que c'était aussi un problème avec la distribution du film. C'était absurde de le diffuser dans 23 cinémas un film qui ne marchait pas. Habituellement, un film d'art et d'essais est distribué dans trois cinémas. On ne peut pas le diffusé comme si c'était un film familial ».
Le film, nominé aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger n'avait aucune chance de gagner et ne l'a pas fait face au film brésilien 'Central Station' ou l'italien
'Life is Beautiful'. Saura n'est pas venu à la cérémonie mais Mia y était. Elle portait une ravissante robe de chez Dior.
« Je pense que c'est injuste, médiocre et qu'une polémique ridicule a lieu pour savoir si c'est bien un film argentin car il a été réalisé par un espagnol. Quand Buñuel tourne un film pour la France on ne se pose pas de question ».
Elle semble sereine en toute circonstance et ne montre jamais sa colère. Mais elle dit toujours ce qu'elle pense même si c'est dangereux.
« A l'école primaire, j'étais très timide et j'avais toujours l'impression d'être la plus moche. C'était très difficile. J'avais l'impression que tout le monde me détestait. Que les instituteurs me détestaient, que les filles plus âgées me rendaient la vie impossible, que mes camarades de classe ne m'aimaient pas. Je me souviens d'un moment horrible : j'ai été à l'école avec des chaussures vernies. J'étais en 4eme ou 3eme année en primaire, avec deux filles plus âgées qui se moquaient de moi à cause de mes chaussures vernies. « Que c'est vulgaire, des chaussures vernies ! ». Si je dois penser à un moment terrible quand je joue, je pense à celui là. Ou à ma première année... »
Ces souvenirs font remonter des émotions.
« ...Je devais peindre un dessin. C'était un dentiste et je l'ai peint en violet. L'institutrice a prit le dessin et a dit : « Quel affreux dessin, c'est un désastre, un dentiste violet ! » Tous les enfants commencèrent à rire. Tout va bien maintenant mais je garderais ce moment éternellement en mémoire. Je me sentais mal. Maintenant, je vois ça plus cinématographiquement, j'imagine les visages des enfants riant de moi... »
Ses mains se crispent. Dans sa tête, elle revoit toute une classe d'enfants de six ans se moquant cruellement d'elle.
« ...Après ça, je suis rentrée chez moi et j'ai joué devant le miroir mais j'ai pleuré, pleuré et pleuré, j'étais trop faible. Cela m'a affecté pendant des mois. C'est la raison pour laquelle les gens disent que je garde une certaine distance, une certaine froideur. Mais si je ne m'étais pas construit un refuge, ils m'auraient détruits ».
Sa mémoire est pleine de souvenirs de ce genre. Quand elle doit jouer, elle puise dans ces souvenirs. Une jeune femme blessée mais rassurée.
« Aussi les peines d'amour sont les pires. On m'a laissé tombé et j'ai laissé tombé à mon tour. J'ai souffert mais ça n'a jamais affecté mes études et parfois je pleure sur mon temps perdu. Ou je l'inclus dans mes performances, où ça peut être utile. C'est très bien d'avoir un amour sur lequel pleurer. Lorsque j'étais petite, j'étais très sensible car je venais d'un monde magique que ma famille m'avait crée, où tout était amusement et des pièces que je jouais avec ma cousine María Luz, des mariages... »
En effet, c'était la petite fille de cinq ans qui se maria avec son père quelques mois devant les yeux émus de sa mère et de la femme de ménage.
« J'ai eu une période 'mariage', tous les soirs mon père rentrait fatigué de son travail où il faisait de son mieux pour réussir dans son entreprise, et j'avais pris l'habitude de l'attendre habillé en mariée. Ma mère mettait la marche nuptiale et je l'épousais tous les soirs. Nous avions cette femme qui travaillait pour nous, la femme de ménage, qui pleurait en disant : 'Ah, elle a vraiment l'impression de se marier' ».
Mia et son fabuleux monde de miroirs.
« J'avais des amis imaginaires. Je jouais moi-même ces amis imaginaires. Je me souviens d'avoir passé toute une semaine à jouer un homme ».
Maintenant ça l'a fait bien rire.
« Un psychologue a dit à ma mère que j'avais beaucoup d'imagination. Et à partir de ce moment, ma mère ne s'est plus inquiétée pour moi » dit-elle, comme quelqu'un qui a finit son histoire. Et elle rit vraiment lorsqu'elle se met à rire !
Texte de Leila Guerrero
Mia Maestro
Celle qui a dit non à Adrian Suar
A 21 ans, elle a un profil d'artiste atypique. Elle a refusé un rôle dans « In the name of God », parce qu'elle n'était pas très enthousiaste de tourner pour la télévision. Elle avait déjà fait la même chose à Subiela, car elle voulait que son premier film soit réalisé par Carlos Saura. Ce film fut nominé aux Oscars. Elle avait une mission : être une bonne actrice.
Son beau visage constellée de taches de rousseurs est encadré de longs cheveux noirs.
Elle porte une jupe orange qui contraste sur son canapé bleu. Elle a un charmant accent argentin. Son sourire dévoile de magnifiques dents.
« Tout le monde pense que Mia est un nom que j'ai inventé, mais en réalité il y a trois générations de Mia, ma grand-mère, ma mère et moi. Le nom de ma s½ur est Maria Pia, alors quand quelqu'un appelle l'une d'entre nous, tout le monde vient ».
Dans les noms à trois lettres, ce sont les voyelles qui dominent.
La première Mia, la grand-mère, est décédée lorsque la deuxième, la mère était encore une petite fille. Grand-mère Mia était une femme franco-suisse et la légende de la famille dit qu'elle est arrivée en Argentine en laissant une fortune derrière elle en Europe. Sa petite-fille Mia est une actrice. Sans aucun rôle derrière elle, elle a réussi à jouer dans le film nominé aux Oscars : Tango de Carlos Saura.
Elle est interviewé pendant un court voyage à Buenos Aires. Dans quelques heures, elle retournera à Los Angeles où elle a passé la première moitié de l'année 1999 à étudier. Elle avait des propositions dans des théâtres de Buenos Aires, mais elle a préférée se rendre à la présentation du film Tango sinon ce serait comme si elle ne l'avait jamais fait.
« Cela a était difficile de dire non à des propositions de travail pour aller à cette présentation car ce n'est pas un job. D'ailleurs je n'ai qu'une courte carrière, et lorsque je me rend ailleurs je prends le risque que l'on m'oublie ».
Elle a travaillé dans Tango et dans la pièce de théâtre « Lulu », dirigée par Alberto Félix Alberto. Et rien de plus. Mais elle a été remarqué pour son rôle dans Lulu.
« Peut-être que cela semblera prétentieux, mais je pense que j'ai fait un long chemin pour arriver où j'en suis. Je ne sais pas si je mérite cette place. Si, si je le mérite car je m'y suis préparé professionnellement. Surtout quand on voit comment les gens se
fabrique une carrière du jour au lendemain ».
Sa carrière a de qui tenir : son grand-père Eulogio, le père de sa mère, qui est mort à 100 ans, était le superintendant de la construction de bâtiments de la banque Nacion dans le nord de l'Argentine et avait une vocation inexplicable pour le théâtre.
« Avec les économies de ses constructions il a fondé des théâtres dans un bon nombre d'endroits. Ils ont beaucoup voyagé en Bolivie, à La Quiaca, où il s'occupait des théâtres, dessinait les costumes, et ma mère, ma tante et ma grand-mère Carmen jouaient sur scène. Maintenant j'ai deux grand-mère maternelle : Mia et Carmen, la seconde femme de mon grand-père, car Mia mourut alors que ma mère était encore très petite ».
Sa mère, la seconde Mia, est un docteur en sciences économiques, un professeur en mathématiques et une étudiante en psychologie et mythologie, elle était la star de l'Altiplano, où elle interprétait le rôle d'un papillon et d'une fille morte.
« Ma mère avait une relation d'amour-haine envers le théâtre, car elle joua dés l'âge de trois ans jusqu'à ses sept ans, mais son grand-père était capable d'hypothéquer leur maison afin d'obtenir de l'argent pour le théâtre dans une ville du Nord, avec la fille morte dans le rôle principale et le contremaître comme prompteur. Ma mère...ma mère était la Shirley Temple de La Quiaca ».
Mia Maestro s'entend bien avec sa mère. Mais aussi avec son père et sa s½ur. Et elle adore son neveu. Et elle a 23 ans, et elle n'a jamais vécu seule, excepté les mois où elle a étudié à Berlin, où elle a étudié le chant. Actuellement elle vit à Los Angeles. Et pendant son voyage, en février dernier au Tibet avec deux amis.
« L'année dernière, quand on a finit Lulu, un collègue a dit « je veux aller en Chine ». Alors j'ai été en Chine et au Tibet avec deux amis. Il faisait 15° C, mais c'est plus agréable en hiver. Durant l'été il y a trop de touristes ou de pro-tibétains. Je ressens quelque chose d'ambiguë à propos du Tibet. Je n'aime pas cet effet de mode du Dalai Lama, ces Américains qui soutiennent d'une manière hypocrite le Pro-Tibet sans avoir à affronter la Chine. Mais d'un autre côté c'est triste de voir que le modèle de vie ne fonctionne pas, les gens ont des conditions de vie désastreuses. Ma position politique est plus de gauche, mais cela ne marche pas non plus ».
Le père de Mia est courtier en bourse. La maison où elle vit est très grande dans une zone où il y a les ambassades dans un quartier tranquille de Belgrano.
« Ils ont acheté cette maison en ruine à une vente aux enchères à un prix impossible. Comme ma mère n'avait pas assez d'argent pour payer l'architecte, elle a finit la restauration elle-même. Mes parents sont conservateurs mais ont aussi leurs faiblesses ». Souvenez-vous : sa mère était le papillon du Nord. La fille du papillon a été dans un lycée privé. Un lycée catholique.
« L'école Esquiú. J'étais croyante pendant que j'étudiais là-bas. Plus maintenant, mais je ne peut pas lutter contre l'esprit religieux qui est ancrée en moi ».
Sa vie semble normale. Mais son regard de braise semble agité d'incertitudes.
« J'ai une vie paisible. Mes parents ne sont pas divorcés, ils s'entendent bien , ils s'aiment beaucoup et ils vont passer le reste de leur vie ensemble. J'ai eu tous mes grand-parents jusqu'à ils n'y a pas si longtemps et maintenant j'ai ma grand-mère Carmen qui a 84 ans dont j'apprécie la compagnie tous les jours. Et j'adore mes neveux. Je les adore ».
Sa s½ur Maria Pia a un diplôme de systèmes informatiques. Elle travaillait à Chicago où elle organisait des systèmes informatiques pour les banques. Elle a voyagé autour du monde. Elle s'est mariée, a des enfants et elle a quitté son travail pour s'occuper de sa famille et de son foyer. Elle a maintenant sa propre entreprise spécialisé dans le stylisme. Alors l'autre fille de la maison avec un prénom à trois lettres est presque son opposé.
« Je ne ferais jamais la même chose mais je la respecte énormément. C'est une super maman. J'ai toujours pensé que je n'aurais pas d'enfants, mais maintenant je sens que j'en aurais. Néanmoins, je ne pense pas avoir une famille bourgeoise conventionnelle, plutôt un enfant sans père ou en voyageant beaucoup. J'aimerais avoir une fille après 35 ans, avec ma vie déjà construite afin de pouvoir prendre une année sabbatique pour pouvoir l'élever en ayant les moyens financiers.
Et de cette manière je n'aurais pas besoin d'abandonner quoi que ce soit pour elle. Car si ça devait arriver, je ne serais pas heureuse et c'est terrible quand les enfants doivent supporter les frustrations de leurs parents ».
Il n'y a pas si longtemps, Mia Maestro a été sauvagement insulté par un voisin à Belgrano car elle avait garé sa voiture quelques secondes dans un endroit inapproprié.
« Je vis ici depuis sept ans, et je ne l'avais jamais rencontré. L'autre jour, à cause de cet incident il est sorti et a commencé à m'insulter par sa fenêtre, vous ne pouvez imaginez de quelle manière ! Je suis arrivée récemment de Los Angeles, les gens là-bas sont très faux mais très corrects. J'ai loué un appartement et tous mes voisins sont passés me voir et m'ont dit que si j'avais besoin de meubles ils pouvaient m'en donné car ils en avaient en trop. J'ai dit à mon voisin de Buenos Aires : « mais monsieur, je suis votre voisine », et il m'a répondu : « je m'en fiche ! ».
Malgré qu'elle gagne son propre argent, ses parents insistent pour payer tous ses frais d'études : ballet, cours de langues et chant. A 17 ans, elle a pris des cours d'art dramatiques avec Gandolfo, l'année dernière elle a étudié avec Bartis et à présent elle a un professeur à LA. Elle est très active, elle a aussi pris des cours de chant avec la mère de Salma Hayek. Car avant les cours de théâtre, de langues, de danse et de cinéma, sa passion était le chant.
« Ce que je voulais faire depuis que j'étais petite était de chanter sur une scène ».
Elle étudiait la musique et s'apprêtait à passer ses examens de fin d'année quand elle a été engagé pour Tango, ce qu'il l'a empêchée de les passer. Cela a quand même été un grand déchirement pour elle.
« J'ai du me rendre à San Sebastián, Cannes et Paris pour promouvoir le film et cela m'a empêchée de me préparer pour mes examens ».
Elle a également terminé ses cours au lycée et ses deux ans à l'université de Buenos Aires en cours de littérature. Et elle pris quelques cours de ballet. Elle parle parfaitement l'anglais, elle comprend l'allemand et le français...enfin pas si bien que ça. Elle sait exactement ce qu'elle veut, pour preuve, elle refusa un rôle dans une mini-série de Adrián Suar « In the name of God ».
« Je n'ai pas envie de travailler pour la télévision à moins que ce soit une méga production. Ce qui importe c'est la qualité, et ma priorité est le projet. Si c'est un énorme projet, c'est formidable mais ma priorité n'est pas d'être célèbre ».
Et quel est votre mission ?
« Être une bonne actrice. Je serais capable de mettre de côté certaines choses afin de réussir ma carrière. Peut-être est-ce une attitude froide, je ne sais pas ».
Elle a entendu parler du tournage de Tango par son ex-petit ami et que Carlos Saura venait en Argentine pour faire un casting.
« J'ai toujours aimé Saura. J'ai pris des leçons de tango et je danse assez bien. Je savais qu'il n'y avait pas d'autres actrices qui pouvaient danser comme moi. J'ai une qualité unique : j'ai l'air d'une ballerine classique quand je danse le tango. J'ai été en toute confiance, sachant qu'il n'y aurait pas une seule actrice qui pourrait danser comme ça. Néanmoins, quelqu'un sachant bien danser le tango et jouer la comédie pouvait se présenter. Je me suis rendue au casting de Saura, et j'avais été récemment au casting de Subiela et il me voulait pour « Little Miracles ». Le film a été finalement fait par Julieta Ortega. Le film de Subiela était une chose sûre mais celui de Saura ne l'était pas. Mais je voulais vraiment travailler avec Saura donc j'ai dis non à Subiela. Mon agent ne m'a pas comprise ».
En Argentine, le film n'a pas fonctionné.
« C'est vrai. Mais je pense que c'était aussi un problème avec la distribution du film. C'était absurde de le diffuser dans 23 cinémas un film qui ne marchait pas. Habituellement, un film d'art et d'essais est distribué dans trois cinémas. On ne peut pas le diffusé comme si c'était un film familial ».
Le film, nominé aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger n'avait aucune chance de gagner et ne l'a pas fait face au film brésilien 'Central Station' ou l'italien
'Life is Beautiful'. Saura n'est pas venu à la cérémonie mais Mia y était. Elle portait une ravissante robe de chez Dior.
« Je pense que c'est injuste, médiocre et qu'une polémique ridicule a lieu pour savoir si c'est bien un film argentin car il a été réalisé par un espagnol. Quand Buñuel tourne un film pour la France on ne se pose pas de question ».
Elle semble sereine en toute circonstance et ne montre jamais sa colère. Mais elle dit toujours ce qu'elle pense même si c'est dangereux.
« A l'école primaire, j'étais très timide et j'avais toujours l'impression d'être la plus moche. C'était très difficile. J'avais l'impression que tout le monde me détestait. Que les instituteurs me détestaient, que les filles plus âgées me rendaient la vie impossible, que mes camarades de classe ne m'aimaient pas. Je me souviens d'un moment horrible : j'ai été à l'école avec des chaussures vernies. J'étais en 4eme ou 3eme année en primaire, avec deux filles plus âgées qui se moquaient de moi à cause de mes chaussures vernies. « Que c'est vulgaire, des chaussures vernies ! ». Si je dois penser à un moment terrible quand je joue, je pense à celui là. Ou à ma première année... »
Ces souvenirs font remonter des émotions.
« ...Je devais peindre un dessin. C'était un dentiste et je l'ai peint en violet. L'institutrice a prit le dessin et a dit : « Quel affreux dessin, c'est un désastre, un dentiste violet ! » Tous les enfants commencèrent à rire. Tout va bien maintenant mais je garderais ce moment éternellement en mémoire. Je me sentais mal. Maintenant, je vois ça plus cinématographiquement, j'imagine les visages des enfants riant de moi... »
Ses mains se crispent. Dans sa tête, elle revoit toute une classe d'enfants de six ans se moquant cruellement d'elle.
« ...Après ça, je suis rentrée chez moi et j'ai joué devant le miroir mais j'ai pleuré, pleuré et pleuré, j'étais trop faible. Cela m'a affecté pendant des mois. C'est la raison pour laquelle les gens disent que je garde une certaine distance, une certaine froideur. Mais si je ne m'étais pas construit un refuge, ils m'auraient détruits ».
Sa mémoire est pleine de souvenirs de ce genre. Quand elle doit jouer, elle puise dans ces souvenirs. Une jeune femme blessée mais rassurée.
« Aussi les peines d'amour sont les pires. On m'a laissé tombé et j'ai laissé tombé à mon tour. J'ai souffert mais ça n'a jamais affecté mes études et parfois je pleure sur mon temps perdu. Ou je l'inclus dans mes performances, où ça peut être utile. C'est très bien d'avoir un amour sur lequel pleurer. Lorsque j'étais petite, j'étais très sensible car je venais d'un monde magique que ma famille m'avait crée, où tout était amusement et des pièces que je jouais avec ma cousine María Luz, des mariages... »
En effet, c'était la petite fille de cinq ans qui se maria avec son père quelques mois devant les yeux émus de sa mère et de la femme de ménage.
« J'ai eu une période 'mariage', tous les soirs mon père rentrait fatigué de son travail où il faisait de son mieux pour réussir dans son entreprise, et j'avais pris l'habitude de l'attendre habillé en mariée. Ma mère mettait la marche nuptiale et je l'épousais tous les soirs. Nous avions cette femme qui travaillait pour nous, la femme de ménage, qui pleurait en disant : 'Ah, elle a vraiment l'impression de se marier' ».
Mia et son fabuleux monde de miroirs.
« J'avais des amis imaginaires. Je jouais moi-même ces amis imaginaires. Je me souviens d'avoir passé toute une semaine à jouer un homme ».
Maintenant ça l'a fait bien rire.
« Un psychologue a dit à ma mère que j'avais beaucoup d'imagination. Et à partir de ce moment, ma mère ne s'est plus inquiétée pour moi » dit-elle, comme quelqu'un qui a finit son histoire. Et elle rit vraiment lorsqu'elle se met à rire !
Texte de Leila Guerrero